Actus et Communiqués de Presse

25/10/2012

Partager :
Partager sur LinkedIn

Le baromètre Viavoice - BPCE des projets des Français - Octobre 2012

Prélèvements : atteinte d’un seuil d’intolérance

La rigueur et la hausse de la fiscalité pèsent de plus en plus sur le pouvoir d’achat et sont de moins en moins acceptés

Pour le troisième mois consécutif, les inquiétudes concernant le pouvoir d’achat enregistrent une hausse préoccupante tant pour la consommation des ménages que pour le gouvernement. Ainsi 57 % des Français anticipent aujourd’hui une baisse de leur pouvoir d’achat au cours les trois prochains mois, en hausse de 4 points depuis septembre et de 21 points depuis le mois de mai. Cette nouvelle hausse est inquiétante à plus d’un titre :

  • D’abord parce que ces inquiétudes croissantes, dues en grande partie à la hausse de la fiscalité, rendent les plans de rigueur gouvernementaux de moins en moins acceptables, et acceptés, par une opinion publique de plus en plus hostile à l’austérité ;
  • Ensuite parce qu’elle intervient dans une période peu inflationniste : le prix de l’essence, notamment, qui constitue le plus souvent un indicateur essentiel en matière de pouvoir d’achat, est stable voire en baisse ces derniers jours ; or une recrudescence à venir du prix de l’essence pourrait amplifier encore les perspectives actuelles en matière de pouvoir d’achat.

La hausse des prélèvements obligatoires pèse de plus en plus sur le pouvoir d’achat des ménages

Les inquiétudes en matière de pouvoir d’achat enregistrées ce mois-ci s’expliquent pour une large part par l’augmentation de la fiscalité des ménages (impôt sur le revenu, ISF, progressivité de l’imposition sur les revenus du capital) : alors qu’en mai dernier seuls 25 % des Français plaçaient les impôts parmi les dépenses les préoccupant le plus, ce taux a fortement progressé à 43 % aujourd’hui, soit une hausse de 18 points (+6 depuis septembre). La fiscalité rejoint ainsi l’alimentation (44 %, -1), en tête des dépenses les plus préoccupantes, devant l’essence (38 %, -3). Ces inquiétudes en hausse sur la fiscalité émanent en premier lieu des catégories aisées :

  • Les cadres sont 58 % à placer la fiscalité en tête de leurs préoccupations, tout comme 53 % des commerçants et chefs d’entreprises et 51 % des membres des professions intermédiaires ;
  • A l’inverse ce taux descend à 43 % auprès des employés et 40 % auprès des ouvriers. Les catégories aisées sont par ailleurs également plus nombreuses à anticiper une baisse de leur pouvoir d’achat : 64 % des cadres envisagent cette baisse au cours des trois prochains mois, contre 52 % des employés et ouvriers.

Avec ces inquiétudes en hausse, les intentions d’achat et d’épargne demeurent logiquement orientées à la baisse, même si sur ces points il n’y a pas d’accentuation du pessimisme, avec des indicateurs relativement stables :

  • Ainsi 37 % (-1) des personnes interrogées envisagent de dépenser moins au cours des trois prochains mois, contre 12 % qui souhaitent dépenser plus (-1) ;
  • 34 % (+1) envisagent de mettre moins d’argent de côté, contre 10 % (+1) plus d’argent de côté ;
  • Enfin les intentions d’achat d’automobiles sont stables depuis août avec 7 % des Français qui envisagent d’acheter ou de changer de voiture ;

L’acceptabilité des plans de rigueur en baisse

Autre effet collatéral du ralentissement de l’économie et des politiques d’austérité, les Français semblent de moins en moins prêts à consentir des efforts : une très large majorité (62 %) refuse de "perdre un peu de pouvoir d’achat pour réduire la dette et les déficits publics". Ce score est en progression de 5 points par rapport à celui enregistré l’année dernière à la même époque, en octobre 2011, après le premier plan de rigueur du gouvernement Fillon. Et de façon plus détaillée, les deux tiers (67 %) des ouvriers et des employés ne sont pas prêts à perdre du pouvoir d’achat. Symétriquement seuls 35 % des Français se déclarent "prêts à perdre un peu de pouvoir d'achat pour réduire la dette et les déficits", soit 6 points de moins qu’en octobre 2011. Cette accentuation des tensions et de la mise en cause de l’austérité est à mettre en perspectives avec le contexte actuel :

  • Sur le plan économique, avec un plan de rigueur de 30 milliards d’euros annoncé à la rentrée, qui s’est ajouté aux précédents plans réalisés en 2011, et qui pourrait être suivi d’autres mesures en l’absence de croissance : l’accumulation de ces mesures de rigueur, sans autres perspectives pour le moment, les rend de moins acceptables pour l’opinion ;
  • Sur le plan politique, ces mesures interviennent après une campagne présidentielle qui a suscité l’espoir d’une alternative à l’austérité, présentée aujourd’hui comme inéluctable par le gouvernement. L’évolution de la conjoncture et du pouvoir d’achat dans les prochains mois devrait dans ce cadre être décisif, tant pour le moral des ménages que pour l’acceptabilité et l’ampleur des réformes à venir.

Désormais, la France atteint un seuil d’intolérance concernant la pression en matière de prélèvements.